OEUVRES ÉLECTRONIQUES no.10

Christina Goestl
Matrix.64
1999
Avec Matrix.64, Christina Goestl présente les «64 arts» du Kama Sutra, dans ses versions allemande et anglaise, sous la forme d’un tableau. L’oeuvre joue sur les notions d’accessibilité à l’information sur Internet, sur la disponibilité de contenus mêmes étrangers (sanskrit) et anciens (320-540 A.D) de même que sur la récupération et la transformation du matériel écrit sur ce nouveau support. L’artiste propose donc de faire bénéficier ses visiteurs aux enseignements du Kama Sutra en les intégrant à une structure nouvelle et en leur donnant la possibilité d’ajouter leurs propres contenus aux originaux. Il faut savoir que les «64 arts» sont le fruits de nombreux collaborateurs et qu’ils étaient destinés à être «améliorés» avec le temps. Le projet de Christina Goestl respecte donc, en quelque sorte, l’esprit de ces travaux tout en lui faisant adopter une forme qui contribue à en faire apprécier le sens grâce aux ressources de ce nouveau support.

 À la consultation de ces textes, le visiteur se rendra compte qu’il s’agit bien plus qu’un ouvrage technique sur la sexualité, mais bien d’un guide sur le plaisir, qui intègre de multiples facettes de la vie tout aussi bien que des conseils sur la sexualité à proprement parler. Le «manuel d’utilisation» de l’oeuvre réalisé avec l’aide de la technologie Shockwave permet, non pas d’accomplir les actes décrits, mais bien de s’y retrouver dans cette nouvelle structure de l’écrit. Cette base de donnée est activée par chaque visiteur à sa guise et lui permet de créer des regroupement entre des «arts», de tisser des liens entre des textes portant sur la sexualité comme telle avec d’autres sur un autre aspect de la vie. L’accès aux textes se fait par un «close-up», un agrandissement qui nous livre, ici encore, non pas un contenu directement érotique, mais permet de prioriser un des arts, d’attirer l’attention sur un de ceux-ci puis sur d’autres, par le même procédé. Il y a donc un jeu de détournements des activités attendues qui se produit en complicité avec le visiteur.

L’oeuvre mise la curiosité, sur la recherche de connaissance, pour faire de ce parcours une activité ludique, elle même source de plaisir, entraînant le lecteur dans une aventure fort contrastante par rapport à la consommation facile d’images pornographiques sur le réseau. En ce sens, elle offre une alternative qui fait preuve d’ouverture d’esprit, d’humour, et de créativité, sur l’univers de la sexualité. 
(utilise Javascript, nécessite Shockwave)

Sylvie Parent 
 

Centre International d'Art Contemporain de Montréal
Le magazine électronique du CIAC no 10, March 2000

Commentaires sur les oeuvres de:
Rachel Baker, Maurice Benayoun, Natalie Bookchin et Alexei Shulgin, Heath Bunting, Claude Closky, Janet Cohen, Keith Frank et Jon Ippolito, Christina Goestl, Valérie Lamontagne, Olia Lialina, Sabine Mai

Commentaires rédigés par Anne-Marie Boisvert et Sylvie Parent